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Comprendre quelle est notre situation à l'aide de textes philosophiques et de l'appareil de la psychanalyse afin de penser les moyens d'une action possible. Retrouver le chemin de la Raison en faisant droit aux raisons de chacun.

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Quelques entrées du Dictionnaire Collectif de la Langue de Bois et des concepts opérationnels

CULTURE

Pourquoi ce mot connaît il depuis trente ans un succès tel que même le sport éprouve le besoin de justifier qu’il est aussi une pratique « culturelle » ?

Grâce à l’école, le capitalisme déguise son exploitation en faisant croire que chacun est responsable de sa place dans l’échelle sociale, et des efforts qu’il a mis à se cultiver. Si l’on est OS à la chaîne, c’est par paresse intellectuelle, nous avions les mêmes chances au départ ! Grâce à l’école, la culture est une machine à classer les gens en les faisant se sentir coupables.

Depuis trente ans, la référence au « culturel » sert à effacer, détruire, et remplacer la référence au « politique ». Par exemple, si l’excision est condamnable d’un point de vue politique (qui consiste à préférer des valeurs telles que l’égalité de l’homme et de la femme), on nous apprend qu’elle est éminemment respectable en tant que « pratique culturelle ». On n’a rien à dire de la « culture » des autres, parce que la culture est sacrée.  C’est d’ailleurs à cela que sert cette nouvelle religion : que l’on ne puisse plus rien dire ! Avec la culture, tout se vaut

Pire encore : en ramenant discrètement la question de la culture à celle de l’artiste, les socialistes au pouvoir des 1981 consacrent la figure managériale du travailleur nouveau : créateur, producteur indépendant, autonome, ludique, inventif, non-revendicatif, férocement individualiste… A la place du militant politique, collectif, poussif et besogneux des années 70, le pouvoir encourage l’artiste, non pas celui qui voudrait délivrer un message (quelle horreur), mais celui qui exprime un narcissisme chahuteur,  adolescent, provocateur et rigolo, celui qui exprime le vide, le rien, la dérision de toutes les idées et de toutes les utopies, la moquerie du politique et des valeurs. On encourage l’imaginaire à condition qu’il ne mène vers aucune vision politique. On ne doit plus croire en rien car c’est ringard. On doit jouir de la crise et de la mondialisation qui est une chance pour l’homme, enfin seul, débarrassé des pesants collectifs.  Il n’y a plus d’emploi dans les banlieues, mais il y a l’art et la création. Que les enfants des immigrés dansent du hip-hop, cela convient au pouvoir : pendant qu’ils deviendront des « créateurs », ils ne feront pas de syndicalisme.

Comme le disait Malraux en 1961 en inaugurant la première Maison de la Culture à Bourges : « Nous allons enfin savoir ce qui peut être autre que le politique dans l’ordre de l’esprit humain »….Eh bien voilà qui est fait ! En 1968, Francis Janson, quant à lui,  proposait d’appeler Culture ce qui permet de se choisir politiquement…mais il est vrai que c’était en 1968 !

 

ENGAGEMENT

Raffinement de l'anti langage, le concept d'engagement signifie aujourd'hui toute forme de manifestation non-politique, voire anti-politique. Au nom de l'engagement, on cesse de discuter ou de brasser des idées (politiques) pour agir "concrètement". La forme par excellence de ce nouvel "engagement est l'action humanitaire Triomphe de l’idéologie de droite dans le langage, « l’engagement » signifie aujourd’hui toute forme de participation non-politique, voire anti-politique. Le ministre Luc Ferry l’a dit : l’engagement des jeunes » sera l’axe fort de sa politique. On se frotte les yeux : va-t-on se réveiller du long sommeil libéral- socialiste et revenir à notre mission d’éducation politique des citoyens ? Que nenni : l’engagement en question est civil, associatif, sportif, culturel, humanitaire…mais pas politique ! Il y a vingt ans, l’engagement signifiait l’acte de se choisir politiquement. Les travailleurs sociaux, les artistes, les jeunes, qui ne « s’engageaient » pas étaient regardés avec pitié. Aujourd’hui c’est l’inverse ! Curieusement, ceux-là même qui font carrière (locale, régionale, nationale) via les partis, considèrent comme un péché que leurs concitoyens s’intéressent à la politique.

 Le nouvel engagement doit être concret, ciblé, et pragmatique. Les idées abstraites conduisent au goulag ou  au terrorisme. Se méfier des idées, se méfier de la réflexion. Se méfier de la critique qui conduit à la réflexion qui conduit aux idées. S’engager pour les pelouses et les espaces verts de son quartier, c’est faire la police soi-même et prévenir les révoltes stériles qui pourraient naître de l’idée que ce quartier de chômeurs et d’immigrés fabrique du malheur. S’engager c’est être positif et arrêter de pleurnicher sur ce qui ne va pas !

 Emmener des jeunes à coup de subventions pour repeindre une classe d’école au Mali, (à 2000 euros le billet d’avion, c’est cher du pot de peinture)  c’est les amener à  « s’engager » et c’est bien ! Les faire réfléchir sur l’état de délabrement de leur propre lycée poubelle, où l’on a parqué la totalité des enfants d’étrangers pendant que les petits français ont obtenu une dérogation pour le centre-ville, c’est leur faire faire de la « politique », et c’est mal ! S’occuper des ennuis des autres, c’est apprendre le désintéressement. Réfléchir à ses ennuis, c’est faire de la politique

 La vie associative a accepté de faire vœu de chasteté politique en échange d’un strapontin dans l’économie sociale marchande. Elle accueille, emploie et forme  cette nouvelle version des dames patronnesses que sont les « bénévoles » qui n’ont plus rien des militants, qui s’engagent « concrètement » et grâce auxquels les services publics délégués aux associations reviennent moins cher aux pouvoirs locaux.  Elle apprend aux jeunes à « s’engager positivement » en échange d’un contrat précaire. La vie associative est aujourd’hui le plus fidèle allié et le plus efficace relais de l’idéologie droitière de dépolitisation des relations sociales.

Exercice de traduction :

« En s’affranchissant des affiliations partisanes, les jeunes d’aujourd’hui renouvellent les formes de l’engagement en parlant en leur nom propre et sur des sujets concrets. »

 La destruction des dynamiques populaires (syndicats, partis d’adhérents) par vingt ans de libéralisme sauvage, laisse les jeunes isolés face à une compétition féroce dans une société d’exclusion organisée de l’accès à la chose publique.

 

GOUVERNANCE

Afin de dissimuler la relation de pouvoir et d'autorité, la "gouvernance" , terme new-look, laisse entendre que le gouvernement des choses et des gens, que la décision (publique ou d'entreprise) , ne sont plus qu'une affaire de gestion en bonne intelligence et en participation avec le plus grand nombre. Dans la gouvernance il n'y a plus de chefs ni d'autorité. Il n'y a plus que des procédures pourt arriver ensemble au meilleur résultat. La gouvernance est présentée comme un phénomène passif, et non comme une volonté active : "ça" se gouverne tout seul, si on laisse faire (thèse libérale).

La grande astuce de la gouvernance locale, (par exemple) consiste de la part des pouvoirs territoriaux à CHOISIR les heureux représentants qui seront dignes d'être associés à la décision (ou de le croire) en échange d'un strapontin de reconnaissance. Cela permet au maire ou au conseiller général de prétendre qu'il a associé la population, quant il s'est contenté de désigner un ou deux vassaux associatifs trop heureux de poser sur la photo. La gouvernance n'associe personne au partage du pouvoir, pourtant elle fait tout comme.

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